Un cadre géographique unique
Bellino, appelé Blins en occitan, Bellin en français et Blìn en piémontais, est un petit bourg italien situé dans la haute Vallée Varaita, au sein de la province de Coni, dans le Piémont. Ce territoire de montagne, perché entre 1 400 et 3 340 mètres d’altitude, s’étend du hameau de Rubeiretto jusqu’au sommet du Grand Rubrèn. Son emplacement stratégique, au sud du mont Viso et à l’est du massif du Chambeyron, en fait un lieu de passage et de rencontre entre la France et l’Italie. Le paysage alterne entre alpages verdoyants, forêts épaisses et pâturages qui s’ouvrent en larges replats baignés de lumière alpine.
Géologie et nature préservée
Les montagnes qui entourent le bourg de Bellino sont constituées de granite, de quartz, mais aussi de calcaire et de grès. Autrefois, une mine de fer, aujourd’hui abandonnée, témoignait de l’exploitation de ces richesses naturelles. La biodiversité y est remarquable : parmi les plantes emblématiques, on trouve l’absinthe, la camomille, la menthe poivrée ou encore la malva rotundifolia. La faune comprend des renards, des martres, des marmottes et des chamois, mais aussi des oiseaux comme le coucou ou le pic vert. Cette richesse naturelle attire aujourd’hui de nombreux randonneurs et amoureux de la montagne.
Les origines et la période antique
La vallée de Bellino a été marquée dès l’Antiquité par des mouvements de populations. Vers 500 av. J.-C., des tribus ligures quittèrent les côtes méditerranéennes pour s’installer dans les vallées alpines. Ceux qui restèrent dans ces hauteurs devinrent connus sous le nom de Ligures montani. La vie simple et isolée de ce bourg favorisa le maintien d’une relative indépendance, d’abord sous le royaume de Cozio, puis sous la domination romaine. Le territoire, difficile d’accès, forgea le caractère de ses habitants, décrits déjà par Cicéron comme des montagnards robustes et travailleurs.
Les invasions et le Moyen Âge
La vallée de Bellino n’échappa pas aux invasions barbares. En 401, le roi goth Alaric franchit les cols alpins depuis le Queyras et traversa la vallée. Plus tard, au Ve siècle, les Burgondes menés par Godeberto utilisèrent sans doute ce même passage pour leurs raids.

Au fil des siècles, le bourg fut intégré à différents royaumes : sous les Longobards, puis sous l’Empire carolingien avec l’introduction du système féodal. À partir du Bas Moyen Âge, Bellino fit partie du marquisat de Saluces avant de passer sous l’autorité du Dauphiné, puis du duché de Savoie.
Du rattachement à la France à l’intégration au Piémont
En 1370, le territoire de Bellino, avec ses vallées voisines, devint officiellement une terre du Dauphiné et donc du royaume de France. Cette appartenance perdura pendant plus de quatre siècles, jusqu’au traité d’Utrecht en 1713, qui rattacha le bourg et ses vallées au duché de Savoie. Cet épisode marqua durablement la mémoire locale, au point que la vallée fut parfois surnommée la « Vallée cédée ». Cette histoire transfrontalière explique l’usage persistant de la langue occitane et la proximité culturelle avec les vallées françaises du Queyras et de l’Ubaye.
Patrimoine religieux et culturel
Bellino conserve un riche patrimoine architectural. Le campanile de l’église paroissiale de San Giacomo domine la fraction Chiesa. On y trouve aussi l’église de la Confraternita della Santissima Trinità, édifiée au XVIIe siècle, et l’église de Santo Spirito, construite en 1770. Dans chaque hameau, la présence d’édifices religieux rappelle la forte identité spirituelle de la communauté. Le bourg est également célèbre pour son itinéraire « Bellino Solare », un parcours reliant plus de trente cadrans solaires restaurés dans les hameaux de Sant’Anna, Chiazale, Celle et Chiesa.
Traditions et fêtes
Parmi les manifestations culturelles, la plus emblématique est la « Beò », une fête historique en costumes traditionnels. Elle se déroule tous les deux ans et mêle chants, danses et cortèges. Selon certains historiens, il s’agirait d’une réminiscence de la lutte contre les Sarrazins ; pour d’autres, cette tradition aurait des origines plus anciennes, peut-être bibliques. Chaque année, le bourg accueille également la foire des métiers et les fêtes de San Giacomo et de Santo Spirito, qui perpétuent la convivialité villageoise.
Vie économique et démographie
Avec seulement une centaine d’habitants aujourd’hui, Bellino illustre le phénomène de dépeuplement qui touche de nombreux villages alpins. Autrefois, l’économie reposait sur l’élevage bovin, l’agriculture de subsistance et la culture de céréales comme l’orge ou le seigle. Aujourd’hui, l’économie du bourg se tourne davantage vers le tourisme : locations de maisons de vacances, gîtes, petites structures hôtelières et résidences secondaires. Quelques familles perpétuent cependant les métiers traditionnels, contribuant à maintenir vivante l’identité locale.
Un bourg à l’identité occitane
La particularité de Bellino est aussi linguistique et culturelle. Situé au carrefour des mondes italien et français, le bourg conserve l’usage de l’occitan, parlé dans les foyers et valorisé dans des manifestations culturelles. Cette double identité renforce le sentiment d’appartenance à une communauté alpine ouverte mais attachée à ses racines.
Bellino aujourd’hui
Aujourd’hui, Bellino attire les visiteurs pour son authenticité et sa nature intacte. Les passionnés de randonnée, de faune et de flore alpine y trouvent un terrain privilégié. Les amoureux du patrimoine y découvrent un bourg où chaque ruelle, chaque cadran solaire et chaque église racontent une histoire ancienne. Entre passé et modernité, Bellino reste un témoin précieux des traditions alpines piémontaises.